Pourquoi les salons de coiffure et de beauté peinent à recruter (et ce que ça change pour vous)

Vous cherchez un emploi dans la coiffure ou l'esthétique ? Le rapport de force n'a jamais été aussi favorable aux candidats. Explications.
Rendez-vous dans trois mois. Voilà ce que répondent de plus en plus de salons aux clientes qui veulent une couleur ou un soin. Derrière ces agendas pleins se cache un paradoxe : les clients sont là, mais les professionnels manquent.
Deux recrutements sur trois sont difficiles à pourvoir
Les chiffres sont parlants. L'enquête BMO 2026 de France Travail prévoit 14 710 projets de recrutement pour la catégorie « coiffeurs, esthéticiens », dont 67 % sont jugés difficiles à pourvoir. Le problème touche tout le pays, mais pas partout avec la même intensité. La difficulté atteint près de 77 % en Normandie et 76 % dans les Hauts-de-France. Même Paris, pourtant grand réservoir de main-d'œuvre, n'est pas épargnée.
Du côté des employeurs, le constat est unanime. Neuf salons employeurs sur dix déclarent avoir du mal à recruter, et les CAP coiffure ne suffisent pas à couvrir les besoins. C'est pour cela qu'une bonne annonce d'emploi sur un site comme Beauté Job peut vous aider à recruter.
Pourquoi les salons ne trouvent plus personne
Plusieurs facteurs se cumulent.
Des conditions de travail jugées exigeantes. Le secteur souffre d'un déficit d'attractivité : salaires modestes, horaires contraignants, longues heures debout. Les jeunes en formation le disent sans détour : travailler dix heures par jour pour un salaire qui ne suit pas ne les motive pas. Les pourboires se raréfient avec les difficultés économiques.
Une pénurie d'apprentis. Moins de jeunes choisissent ces métiers, et les écoles en subissent les conséquences. Certains établissements de formation ont perdu un tiers de leurs apprentis depuis le Covid, et plusieurs ont fermé.
La tentation de l'indépendance. C'est sans doute le changement le plus profond. De plus en plus de professionnels choisissent de travailler seuls ou en location de fauteuil (*) plutôt que d'embaucher. Des espaces de coworking dédiés aux coiffeurs indépendants se sont même ouverts dans les grandes villes.
A la campagne, de plus en plus de professionnels choisissent d'être esthéticien ou coiffeur à domicile. Cela enlève les charges inhérentes au salon et offre un service supplémentaire à la clientèle. Résultat : les salons de coiffure se vident de leurs salariés.
Une concurrence qui bouscule le secteur. L'Union nationale des entreprises de coiffure (UNEC) dénonce une concurrence déloyale de la part de structures qui ne seraient pas soumises aux mêmes règles et contrôles. C'est le cas des barbiers par exemple qui n'ont pas le droit en théorie de faire des coupes de cheveux. Mais dans la pratique, ils sont très nombreux à faire plus que rafraichir la coupe.
En outre, le contexte économique reste tendu : selon Altares, les cessations d'activité dans la coiffure ont bondi de 26 % au dernier trimestre 2024.
Ce que ça change pour les candidats
Pour les professionnels et ceux qui se lancent, cette pénurie est une opportunité. Voici ce qui évolue concrètement.
1. Vous avez davantage de pouvoir de négociation
Quand les candidats se font rares, les employeurs doivent faire des efforts. Depuis le Covid, les salons tentent de répondre à la demande de meilleures conditions de travail pour attirer des employés. Salaire, jours de repos, horaires, primes, prise en charge de la formation : tout se discute davantage qu'avant.
2. La région compte beaucoup
Les tensions varient fortement selon les territoires. Dans les zones où plus de trois recrutements sur quatre sont difficiles, un profil qualifié a de bonnes chances de recevoir plusieurs propositions. Comparer les offres autour de chez vous, voire envisager un changement de ville, peut changer la donne.
3. Salariée ou indépendante : un vrai choix à faire
Location de fauteuil, auto-entrepreneuriat, coworking : l'indépendance séduit par sa liberté. Une jeune coiffeuse indépendante témoigne de tarifs qui peuvent grimper, avec un balayage facturé jusqu'à plusieurs centaines d'euros.
Mais cette liberté a un prix : pas de salaire fixe, pas d'équipe, des charges à gérer et la recherche de clientèle à votre charge. Le salariat reste plus protecteur, surtout au début.
4. Les salons qui veulent vous garder devront évoluer
Face à la crise, les professionnels misent sur l'attractivité : meilleures conditions de travail, matériel plus ergonomique, possibilités d'évolution vers un brevet professionnel, le management ou la création d'entreprise. À vous de poser la question lors de l'entretien.
Comment en profiter concrètement
Si vous cherchez un poste en salon, voici les questions à poser avant de signer :
- Quels sont les horaires réels, week-ends et soirs compris ?
- Comment évolue la rémunération (fixe, commissions, primes) ?
- Le salon finance-t-il des formations (nouvelles techniques, perfectionnement) ?
- Quelles perspectives d'évolution sont possibles : responsable d'équipe, spécialisation, association ?
- Combien de salariés sont restés plus de deux ans ?
Cette dernière question en dit long sur l'ambiance et la stabilité du salon.
En résumé : un secteur qui change, des opportunités à saisir
La pénurie de recrutement n'est pas qu'une mauvaise nouvelle pour les salons. Elle oblige la profession à se réinventer : meilleures conditions, meilleurs salaires, davantage de reconnaissance.
Pour les candidats, c'est le moment de choisir son poste plutôt que de le subir. Reste à bien peser ses priorités : sécurité du salariat ou liberté de l'indépendance, grand salon ou petite structure, spécialisation ou polyvalence.
Une chose est sûre : dans la coiffure et la beauté, ceux qui maîtrisent leur métier n'ont plus à se contenter de n'importe quelle offre.
Note
(*) La location de fauteuil consiste pour un coiffeur professionnel de donner rendez-vous à son client, dans le salon d'un autre coiffeur à qui il va louer le fauteuil et le bac à shampoing. C'est un moyen de se faire une clientèle sans s'installer.
